L’Univers est-il plus “grumeleux” qu’on ne le pensait ? De nouvelles preuves remettent en question un siècle de cosmologie

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Depuis plus de 100 ans, les fondements de la cosmologie moderne reposent sur une hypothèse unique et élégante : que l’univers est lisse et uniforme à ses plus grandes échelles. Cependant, de nouvelles recherches suggèrent que cette croyance de longue date pourrait être incorrecte. De nouvelles preuves indiquent que l’univers pourrait être beaucoup plus « grumeleux » qu’on ne le pensait auparavant, une révélation qui pourrait fondamentalement remodeler notre compréhension de l’espace, du temps et de l’évolution cosmique.

La fondation imparfaite : le modèle FLRW

Pour comprendre pourquoi cela est important, il faut examiner le modèle FLRW (du nom de Friedmann, Lemaître, Robertson et Walker). Puisqu’il est impossible de cartographier chaque galaxie individuellement, les cosmologistes ont traditionnellement utilisé ce modèle pour simplifier l’univers. Il suppose deux propriétés clés :

  1. Homogénéité : L’univers est à peu près le même, quel que soit votre emplacement.
  2. Isotropie : L’univers se ressemble dans toutes les directions.

En traitant l’univers comme un fluide lisse, voire « fluide », les scientifiques ont pu interpréter presque toutes les observations cosmologiques à travers cette lentille. Mais si l’univers est réellement caractérisé par des irrégularités à grande échelle – ou « morceaux » – alors les outils mathématiques utilisés pour le mesurer au siècle dernier pourraient fournir une vision déformée de la réalité.

Une nouvelle façon de tester la réalité

Dans une série d’articles récents en prépublication, les chercheurs ont proposé et testé une nouvelle méthode pour déterminer si le modèle FLRW tient toujours la route.

  • La méthodologie : Timothy Clifton (Université Queen Mary de Londres) et Asta Heinesen (Université de Copenhague) ont développé un test utilisant des combinaisons de formules de distance cosmique. Ces formules sont dérivées d’observations de supernova et de fluctuations de densité de matière.
  • La référence « zéro » : Le test est conçu de telle sorte que si le modèle FLRW est correct, le résultat doit être exactement zéro. Tout résultat non nul sert de « preuve irréfutable », indiquant que le modèle ne parvient pas à décrire l’univers réel.
  • Le rôle de l’IA : L’application de ce test aux données existantes est notoirement difficile car la plupart des ensembles de données antérieurs ont déjà été traités en partant de l’hypothèse que FLRW était vrai. Pour contourner ce biais, Heinesen et Sofie Marie Koksbang (Université du Danemark du Sud) ont utilisé la régression symbolique, une méthode basée sur l’IA, pour extraire les mesures de distance sans s’appuyer sur l’ancien modèle.

Les résultats ont été frappants : les chercheurs ont obtenu un résultat clair non nul, suggérant que le modèle standard est effectivement défectueux.

Pourquoi c’est important : résoudre les mystères cosmologiques

Si ces découvertes sont confirmées, elles pourraient constituer le « chaînon manquant » à plusieurs problèmes majeurs en physique. Actuellement, les cosmologistes sont aux prises avec plusieurs phénomènes inexpliqués, notamment :

  • L’écart d’expansion : Un décalage entre la vitesse à laquelle l’univers s’est développé au début de son histoire et la vitesse à laquelle il s’étend actuellement.
  • Le casse-tête de l’énergie noire : Des mesures récentes suggèrent que l’énergie noire, la force mystérieuse à l’origine de l’expansion cosmique, pourrait évoluer avec le temps, ce qui contredit les théories standards.

Clifton suggère que ces mystères pourraient ne pas être causés par une « nouvelle physique » comme une étrange énergie noire, mais plutôt par des mathématiques erronées. Si l’univers est plutôt bosselé que lisse, nos mesures actuelles ne sont que des « moyennes » qui ne tiennent pas compte des irrégularités locales. Un univers grumeleux créerait naturellement les écarts que nous observons dans les taux d’expansion et les mesures d’énergie.

Le chemin à parcourir

Même si les résultats sont provocateurs, la communauté scientifique reste prudente. Les résultats n’ont pas encore atteint le seuil statistique rigoureux requis pour revendiquer une « découverte » formelle. L’équipe de recherche doit maintenant attendre des données astronomiques plus précises des prochaines missions pour voir si le signal tient.

Comme l’a noté Subodh Patil de l’Université de Leiden, même si la prudence est de mise pour éviter de surinterpréter les données, l’approche elle-même est « fantastique » car elle aborde les questions les plus fondamentales du domaine.

“Cela suggère que l’univers n’est peut-être pas aussi simple qu’il y paraît”, estime Timothy Clifton.

Conclusion
Si l’univers est effectivement plus irrégulier que ne le permettent nos modèles, nous pourrions être à la veille d’un changement de paradigme qui résoudrait les contradictions les plus profondes de la physique moderne.